Un siècle pas à pas vers la lumière
Général Raymond COCHE
Mémoires recueillis par MARTINE COPPIER

Les Mémoires du général Coche.
Ses faits d'armes lors de la seconde guerre mondiale (campagne de Norvège aux côtés du général Béthouart, Résistance dans les Landes, action au sein du 6ème B.C.A. et des éclaireurs-skieurs en Isère, participation à la création de "Jeunesse et Montagne", fonctions dans l'Arme du Train lors de la guerre d'Algérie...)
La "Mission Coche" en 1935 avec, entre autres, Roger Frison-Roche comme premier de cordée : premières d'escalades dans le Hoggar, notamment la Garet el-Djenoun, et découverte des peintures rupestres du Mertoutek.
Création du détachement d'Autos Spéciales au Sahara, rencontre avec le géologue et explorateur Conrad Kilian, avec l'écrivain Henry de Montherlant, vie avec les Touaregs, courre au mouflon...
Une écriture "mixte", avec au départ des textes de Raymond Coche (dont certains publiés), des extraits de ses archives et des transcriptions d'entretiens enregistrés pendant trois ans. J'ai apporté ma "note" en insérant des pages personnelles et en faisant le lien entre les textes disparates par leurs époques et leurs lieux. Le challenge était de conserver le style florissant, généreux, poétique et surtout "lyrique" de Raymond Coche, magnifique écrivain, digne héritier de son aïeul l'écrivain Voironnais Alpinus, et aussi aquarelliste à ses heures.
Une rencontre avec un homme hors du commun, d'une immense culture et d'une grande délicatesse qui m'a fait l'honneur de me confier ses Mémoires et qui a ouvert pour moi le grand livre du désert. Et aussi celui d'un monde au mode de vie aujourd'hui disparu.
La suite de ses Mémoires était prévue, relatant notamment son action en seconde partie de vie au service de l'Aménagement du Territoire, de la défense des minorités opprimées. Mais le général Coche est parti pour son ultime voyage avant que cela ne puisse se faire...

Extraits :
La fulgurance du soleil a fait place aux somptueuses couleurs du couchant, dont les rouges incandescences dévorent les sables de l'erg. Sur les dunes aux courbes incendiées, se profilent deux silhouettes hiératiques, drapées d'indigo, que chaque foulée des méharas gris souris rapprochent de la tribu.
Dans le campement, les feux de racines se sont allumés, amenant l'arôme du mouton grillé. Quelque part, sous une tente de laine, un enfant pleure, répondant aux aboiements d'un maigre chien. Il n'y a pas un souffle de vent.
Cette heure me baigne d'une telle paix, d'un silence si absolu que la fatigue du jour, les soucis du lendemain s'évanouissent comme d'inconsistantes fumées. Il n'y a plus, au creux du sable, qu'un être simple, dépouillé de toute empreinte de civilisation, le frère des pâtres du désert et de la montagne.
L'escalade de la Garet, dans un granit très sûr, a été décidée par la façade ouest. « Comme elle paraît facile ! » dis-je à Frison, en la regardant à la jumelle.
Le 14 avril, Roger Frison-Roche et moi laissons les chameliers et Mohammed ag Amayas au camp de base de l'oued Ens-Iguelmanen.
Le soir, après treize heures de marche d'approche épuisante, il faut se rendre à l'évidence. Nous avons bu six litres d'eau, la moitié de notre réserve. A midi, les ravins calcinés chauffaient comme un four, et la consommation d'eau devenait hors de proportion avec le terrain gagné.
Sur le port, il n'y a plus personne ; tout le monde est allé dormir. Tandis qu'un jour sale se lève, je frissonne, enfonce mon béret et me serre dans la veste en cuir doublée de mouton. Il me faut amarrer moi-même le torpilleur anglais. Les six cents hommes des bases et des services qui débarquent dans un cliquetis d'armes, butent les uns contre les autres et sautent sur le quai. Ils découvrent, ahuris, la ville calcinée qui dessine un squelette noir sur le ciel laiteux, et plongent leurs regards dans les profonds entonnoirs qu'ont creusé les bombes. Le temps presse ; il faut que je leur trouve un abri avant l'arrivée des avions allemands...

Ce grand témoignage sur notre siècle retrace la vie d'un homme aux multiples dimensions, le Général Coche, qui fut tour à tour soldat, montagnard, sportif, explorateur et frère des touaregs.
C'est en présence du Général Coche et de Martine Coppier, que l'ouvrage des mémoires du général a été présenté samedi, dans les salons de la brasserie "Bagatelle", place Saint-André à Grenoble. Publié aux éditions Claude Alzieu, le livre de Raymond Coche "Un siècle pas à pas vers la lumière" est le résultat de trois ans d'entretiens réalisés par Martine Coppier.
Ces 500 pages d'aventures, d'action et de réflexions au coeur même de l'histoire, représentent une somme de travail certes considérable, mais ausi un bel hommage et respectueux témoignage à un homme d'une grande valeur morale.
Arrière-petit-fils du célèbre Alpinus, de son vrai nom Frédéric Faige-Blanc, poète, écrivain, grand montagnard et bien sûr illustre chasseur, le général a de qui tenir, sans oublier son père qui fut commandant d'artillerie. Voyage dans le temps au pays du souvenir, l'ouvrage du général Coche nous transporte dans un univers de miroirs qui nous renvoient l'image d'une vie hors du commun, jalonnée d'épisodes épiques et d'une formidable volonté à toute épreuve.
Une carrière exemplaire
A carrière exceptionnelle, curriculum vitae imposant, en fin d'ouvrage, l'éditeur Claude Alzieu a eu la riche idée de retracer les différentes étapes du général et d'établir une liste des nombreux titres et distinctions, que ce militaire, humaniste dans l'âme, a cumulé durant une vie active exemplaire.
De Saint-Cyr au 9ème zouaves d'Alger, des J.O. d'Amsterdam de 1928, de la rencontre de Conrad Kilian le célèbre géologue dauphinois découvreur de pétrole, en passant par la "mission Coche", au Hoggar avec Frison-Roche, du 6ème B.C.A. où il commande une section d'éclaireurs-skieurs, aux combats de la Drôme et de l'Alsace avec la résistance, on découvre au fil des pages, que le général Coche exerça d'importantes fonctions. Il fut entre autres le créateur de la formation pré-militaire, inspecteur du Train en Algérie, directeur de cabinet d'Edmond Michelet, puis conseiller en aménagement du territoire de 63 à 78.
A ce jour, Raymond Coche continue son action en faveur des minorités, du monde rural et participe à de nombreuses conférences.
Cet ouvrage plein d'enseignement, né de la rencontre de deux générations, entre le général Coche et Martine Coppier qui a recueilli ces témoignages et ce message d'espérance, passionnera les amoureux du désert, de la montagne, les sportifs et toutes les personnes soucieuses de fraternité et de liberté envers les peuples.

Dédicace du livre : le général Coche et Martine Coppier

