BLEU HORIZON
(Editions Alzieu) en 1998


De la guerre de 14-18 aux années 30, la jeunesse de Calixte Coppier. Son affectation au 22ème B.C.A. basé à Albertville, sa participation aux effroyables campagnes militaires en Alsace, dans la Somme, en Italie et Belgique. Après-guerre, c'est un séjour au Danemark puis en occupation de la Ruhr, une période peu connue et peu racontée où l'on voit certaines exactions françaises et la misère du peuple allemand à cette époque.
Je raconte ce que fut ce conflit à travers les yeux d'un Savoyard et fais revivre les campagnes d'antan et les villages ou bourgs Haut-Savoyards (Doussard, Arnand, Saint-Jorioz et Annecy).
Ce livre est le fruit d'entretiens avec mon grand-père Calixte, à Albertville, un an avant sa mort en 1986. J'étais imprégnée depuis mon enfance de ces histoires que nombre de grands-pères racontent à leurs petits-enfants, mais parfois, ces derniers montrent une oreille distraite. "Bleu Horizon" a mûri pendant des années, car il est difficile de parler pour un être proche et de pénétrer une intimité familiale. Mon grand-mère est mort avant d'avoir pu le lire.
Il me reste de lui son formidable optimisme qui l'a porté toute sa longue vie (il s'est éteint à 95 ans), son humour à toute épreuve, sa séduction qui faisait littéralement fondre la gente féminine et sa faculté de passer du rire aux larmes. Il m'a aussi transmis l'amour des forêts, des racines vivantes.
A partir des souvenirs relatés par Calixte, des archives trouvées dans sa cantine militaire, d'une grosse documentation et de ma capacité à entrer dans la peau des personnes dont je raconte la vie, j'ai bâti ce récit. J'ai décrit cette guerre dans toutes ses horreurs, établissant un parrallèle entre l'ire des hommes, la colère guerrière, et l'homme de l'Ire, mon grand-père passionné par ses forêts au bord du torrent Ire, des pages plus sereines, campagnardes, montagnardes et forestières.
Une manière de garder vivants les êtres chers et de faire que la mémoire de nos Anciens ne se perde pas. Et à l'heure où tous les hommes ayant connu 14-18 ont disparu, c'est aussi un témoignage de grand respect et un coup de chapeau à tous ces poilus qui en ont bavé des années dans les tranchées. Mais qui savaient aussi apprécier la vie et ne se plaignaient pas pour peu.
Ce roman à trame historique a été sélectionné pour le prix du Roman Historique "Rosine Perrier" au Salon du Livre d'Hermillon en 99.
Salon du Livre d'Hermillon

Extraits :
Il asperge son visage de l'eau glacée du bassin ; cette agression-là, au moins il la comprend. La veille, il s'y est lavé, frotté jusqu'au sang pour essayer d'ôter la crasse et la vermine accumulées. Sa mère y a nettoyé son uniforme troué et puant jusqu'à en avoir les mains gercées de froid, et il a vu les larmes couler sur son visage. Il l'avait retrouvée, Toinette, pareille à la terre. Ses joues de vieux cuir, sa robe noire, son odeur d'étable, de foin sec et d'herbes. Elle avait poussé droit comme les jeunes fayards, puis s'était nouée...
Plus tard, il s'était vu dans un miroir. Quel choc en rencontrant ses prunelles bleues luisantes de fatigue, les cernes violets, la peau sèche autour des lèvres presque mauves ! Pourtant, dans la tranchée, chacun parmi ses pareils était le miroir des autres où on contemplait lugubrement l'assaut des mois de souffrance et de terreur.
D'autres clairons portent la nouvelle à leur tour, et les hommes écoutent l'espoir naissant. Partout, c'est la même question : « Vous avez entendu, les gars ? »
On se racle la gorge. Les Poilus s'embrassent. Mais ce n'est pas une joie véritable ; tous pensent aux camarades morts, et ils haïssent encore davantage cette guerre qui s'est engraissée d'eux. Ils pleurent en pensant à leurs camarades, alors que les civils vont s'en aller danser dans les guinguettes.
Après ce jour, personne ne mourra plus au combat, mais ils ne sont pas heureux car la lumière est cruelle, et ils se regardent comme des fantômes. Les jours d'amitié ne sont plus, mais soudain profonde est la nuit, sans couleurs, ni bruits. La mort a aboli le monde, mais pas la souffrance.
Un jour qu'il est allé à Faverges passer d'agréables heures en compagnie de la pulpeuse et délicieuse Anaïs, Calixte ne s'est pas aperçu du temps passé et de l'heure des foins qui s'annonce à Arnand. Les sept kilomètres qui le séparent de son village, il doit les faire sur une bicyclette pour le moins déglinguée, une machine infernale sur laquelle il ne brille pas, les jambes lourdes comme des sacs de pommes de terre et la cervelle pire que du flan. Il ne voit plus la route noire à peine éclairée par le jour bleuissant. Mais il voit parfaitement et partout Anaïs, riant et courant, nue, en travers de sa route, alanguie sur le bas-côté, ce qui le fait brutalement freiner avec de stridents grincements le sortant de sa torpeur.




Calixte, songeur devant sa petite-fille Martine et sa future biographe....

Calixte, 94 ans, et Martine, à l'heure des dernières confidences
PRICEMINISTER
A lire et à relire en meditant
par oldelpaso1 (Voir ses avis) le 20/06/2010
SOUVENIRS DE CALIXTE...

LE ROI de DANEMARK passe en revue le 22ème CHASSEURS ALPINS FRANCAIS au SCHLESWIG
FAITS D'ARMES DE CALIXTE COPPIER
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